Les anciens et les modernes.
Dans l’ancien monde, l’archaïque, celui que les puissants évacuaient d’un négligeant et méprisant revers de la main ; faire un crédit signifiait pour le quidam de se déplacer jusque dans un modeste bureau d’agence bancaire, petit endroit à la moquette sobre et feutrée. Une fois sur place, le citoyen quémandait quelques subsides à un porteur de cravate, petit homme terne blasé et ennuyeux. On le nommait banquier celui-là, par ignorance surtout, mais aussi peut-être un peu par respect. En vérité, il s’agissait bien souvent d’un simple chargé de clientèle, mais ça n’avait pas d’importance. Et là, les choses étaient simples et se déroulaient simplement. Le montant de la paye et le montant du remboursement mensuel permettaient d’évaluer le risque pris par la banque. Ce métier était ennuyeux, très ennuyeux, trop peut-être. Allez savoir…
Vint enfin le winner, nouvelle espèce humaine, qualifié parfois d’Homo Sapiens Winner. L’homme est certes multiforme, mais il présente des caractéristiques facilement identifiables. Il est prétentieux celui-là, plus que tout, seul son ego compte. Lui, il sait, vous la masse, vous n’êtes rien. Il a envahi la plupart des grandes entreprises. Vous pouvez de temps à autre apercevoir l’un de ses multiples clones, bronzé souvent, propre sur lui et sûr de lui, le regard d’aigle, se déplacer de manière hautaine dans les kilomètres de bureaucratie des grosses boutiques. Il est un peu politicien aussi, il ne néglige pas la manipulation non plus, et surtout, il croit fermement aux conneries qu’il débite à longueur de journée. Sa raison d’être, c’est le fric et rien d’autre. Ce monde en décomposition, c’est le sien. Il y est aussi à l’aise que les poissons dans l’eau.
Nous devons à cet homme, à ce winner version finance, l’invention de deux armes de destructions massives, les CDO et CDS. Le génie de cet individu s’exprime ainsi totalement. Comment n’y avons nous pas pensé plus tôt ? Prêter de l’argent est une activité risquée, puisque l’emprunteur peut éventuellement faire défaut. Qu’à cela ne tienne, la solution consiste à faire endosser le risque par d’autres ! Ainsi les crédits furent titrisés, emballés dans de beaux emballages (CDO) et vendus à d’autres winners qui les achetèrent à crédit, les assurèrent contre les pertes (CDS) et les emballèrent enfin autrement pour finir par les revendre au premier winner. Et oui, les winners s’arnaquent entre eux, c’est bien connu.
A la base de cette magnifique pyramide, il y a l’emprunteur fauché (Subprime) ou bientôt fauché (Prime), il est important de le rappeler. Et malheureusement, il vient de perdre son travail et ne peut plus rembourser son crédit… Nous en sommes là depuis Août 2007. Le magnifique empilement et emboîtement de dettes s’écroule lentement.
Ces saletés (CDO, CDS, etc), parce qu’à un moment, il faut bien nommer les choses par leur nom, se sont répandues dans les circuits financiers de façon assez conséquente. Il est difficile d’évaluer l’importance de tout ceci… Aux dernières nouvelles, les CDS auraient une valorisation proche de 65000 milliards de dollars, mais ce n’est pas confirmé, l’opacité est la règle. On ne contrôle pas les winners, ils savent ce qu’ils font.
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